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Architecte d’intérieur écologique, c’est quoi exactement ?

L’architecture d’intérieur écologique est une discipline récente qui a pour but de concilier agencement d’intérieur, décoration, et pratiques éco-responsables. Une dizaine de professionnel(le)s en France, dont l’agence CITYZEN.D, tentent d’apporter des solutions saines, équitables et locales à leurs clients. Je vais vous livrer ma définition de l’architecture d’intérieur écologique telle que je la pratique, et pourquoi j’ai choisi cette voie.

Pourquoi avoir pris le chemin de l’écologie ?

Lorsque j’ai créé CITYZEN.D en 2015, j’aspirais à une vie plus “slow”. Faire des choses dans mon quotidien qui auraient du sens, en accord avec des valeurs humaines, saines, et locales. Créer mon entreprise m’a permis de prendre le temps de faire mon marché, de cuisiner des produits bios et de saison et de me former sur des domaines qui me passionnent. J’avais déjà dans l’idée de mettre en pratique mes valeurs dans mon activité d’architecte d’intérieur, mais c’est en allant de découvertes en découvertes que j’ai pu affiner mes critères et définir ma pratique.

1er déclic : l’impact environnemental

Le marché de la décoration représente 15Mds d’euros de chiffre d’affaire en France (fin 2018). Les 3/4 revenant à l’industrie (grandes surfaces de décoration ou d’ameublement). Il représente autant en dépense que l’habillement, secteur avec lequel la décoration a de plus en plus de similitudes. En effet, il devient sujet aux effets de mode avec la multiplication des magazines spécialisés. Au total, 20 grandes enseignes se partagent la moitié du marché, parmi lesquelles Ikéa, Maisons du Monde et Gifi. (voir article de l’observatoire de la franchise) Le plus souvent, la matière première provient de pays où les réglementations en matière d’environnement sont peu strictes (ex. le bois provenant des pays de l’Est de l’Europe non gérées durablement). Ce genre d’industrialisation, couplé à des échanges mondialisés, induisent plusieurs menaces pour l’environnement. La multiplication des déchets, l’émission de gaz à effet de serre et l’épuisement des ressources naturelles. Il est peut-être temps de nous interroger sur nos modes de consommation…

2ème déclic : l’injustice sociale et économique

Si 3/4 du chiffre d’affaire revient à l’industrie, c’est autant d’emplois délocalisés, de bas salaires et de conditions de travail difficiles (segmentation des tâches, travail répétitif). Autant d’emplois à forte valeur ajoutée (artisanat local, travail d’art et de création) qui sont supprimés sur le territoire. Récemment, les géants du commerce sur internet sont entrés dans la course, tel Amazon (voir article du Figaro). Une entreprise peu consciencieuse vis-à-vis des conditions de travail et la législation fiscale française. Comme pour toute industrie mondialisée, la complexité de la chaîne de production (approvisionnement, lieu de fabrication, transits, …) rend la provenance et la composition des produits opaque. Il devient donc difficile de contrôler leur adéquation avec la loi (bilan carbone, rejet de polluants, extraction de la matière, respect des normes sociales).

3ème déclic : la pollution de l’air intérieur

C’est après avoir visionné le film “Demain, tous crétins ?”, que je me suis intéressée de plus près à la nocivité des matériaux en rénovation d’intérieur, puis du mobilier. Je me suis rendue compte que 90% de l’ameublement était fait en “stratifié”, c’est à dire en panneaux de particules agglomérées recouverts de PVC. Sans parler des peintures acryliques (la norme, encore aujourd’hui), des revêtements de sol en PVC, et des mousses et tissus d’ameublement synthétiques, littéralement aspergés de produits chimiques. Ces polluants, appelés COV (Composés Organiques Volatiles) ou perturbateurs endocriniens, sont hautement cancérigènes, causent des dommages au cerveau, au même titre que les pesticides dans les aliments. Quand j’ai découvert que mon activité professionnelle pouvait être néfaste pour la santé de mes clients, je ne vous cache pas que j’ai eu un certain choc. Le hic, c’est que personne n’en parle, personne ne sait, et aucune loi n’encadre le mobilier polluant ! Il n’en fallait pas plus pour que j’en fasse mon cheval de bataille.

La pratique de mon métier en accord avec mes valeurs

Après avoir dressé ce constat un peu amer, le champ des possibles s’est ouvert devant moi. J’ai compris qu’il fallait englober l’architecture d’intérieur dans ma pratique écologique et non l’inverse. J’ai donc décidé de troquer ma vision consumériste à court terme contre une vision durable. Un métier qui favorise la qualité, la fonctionnalité et la dimension émotionnelle. Voici donc ma manière de pratiquer l’architecture d’intérieur écologique, qui est sans doute perfectible, et qui évoluera au rythme de ma propre transition écologique.

Optimiser l’espace pour apporter des solutions adaptées à chacun de mes clients

Cela peut vous paraître naïf, mais la première chose que j’ai appris en matière d’écologie, c’est la bienveillance. Penser au bien-être de l’autre et réellement chercher à le comprendre est un fondamental pour agencer l’espace. C’est en connaissant mes clients, en intégrant leur mode de vie, leur histoire, leurs “manies” ; que je peux façonner leur intérieur. Permettre à chaque habitant d’avoir son espace privé et en même temps créer des zones de convivialité. Trouver les tonalités, les motifs, les matières qui permettront de créer leur environnement idéal. Chercher à magnifier ces objets sentimentaux, un dessin d’enfant, un tableau, un meuble de famille. Tous ces petits détails qui apportent plus qu’un lieu bien rénové, mais un véritable cocon de bien-être à ses occupants.

Trouver des alternatives aux circuits de grande distribution

La méthode est simple : ne pas mettre les pieds dans les magasins d’ameublement et de décoration. Cela laisse plus de temps pour aller voir des artisans locaux, afin de réaliser un projet sur-mesure ; chiner dans les brocantes ; faire un tour sur Leboncoin et traîner sur le fabuleux site du Label Emmaüs. Je fais réaliser environ la moitié du mobilier de mes projets par des menuisiers, ébénistes, métalliers, vitriers ; et le reste provient du ré-emploi (parfois tel quel, parfois rénové par des restaurateurs de meubles). J’achète mon tissu chez une professionnelle du Jacquard qui fait fabriquer ses étoffes localement et qui sélectionne des fibres bio. Les rideaux et coussins sont réalisés par une couturière locale. J’ai un seul fournisseur pour chacun de mes besoins (éclairage, papier peint, décoration) mais jusqu’à présent cela m’a bien suffit. L’énorme avantage de cette méthode, c’est d’avoir l’assurance d’avoir un intérieur unique et de valoriser l’emploi et les savoir-faire locaux. A ce titre, on me pose souvent la question du sur-coût par rapport au circuit industriel. Pour y répondre, je vous invite à lire mon article Un intérieur écologique et abordable, possible ?

Proposer des matériaux sains

Comme vous l’avez compris, la lutte contre les polluants d’intérieur me tient très à cœur. Voici une liste des matériaux que j’utilise pour la rénovation d’intérieur. Je remplace autant que possible les panneaux de particules par du bois massif local PEFC ou de l’OSB sans formaldéhyde. Pour le mobilier, j’utilise également le verre et le métal laqué avec une peinture thermodurcissable en poudre. Concernant les revêtements de sol, je préconise le parquet chêne certifié Ange Bleu ; la céramique pleine masse (matériau inerte) ; et le liège. Pour les revêtements muraux, j’utilise de la peinture végétale sans COV et du papier peint sur lin bio. Reste le mobilier en mousse : les canapés et fauteuils. Je n’ai pas encore trouvé d’alternative aux mousses polyuréthanes très nocives, à part acheter d’occasion, puisque les polluants se sont déjà “échappés”. Je publierai prochainement un guide sur les polluants intérieurs et leurs alternatives.

En conclusion

A ce jour, il n’y a pas de solution parfaite pour passer au “tout écologique”. Parfois, je ne suis pas dans le budget attendu. Parfois le meuble que j’avais repéré sur Leboncoin s’est vendu avant que je puisse le valider avec mes clients. Certains jours, je dois faire des compromis entre une solution locale mais polluante et une solution saine qui vient du Canada. Rien n’est parfait et pourtant ! Plus nous serons à croire en ces valeurs, plus les solutions émergeront et plus les prix baisseront. J’espère vous avoir donné envie de rejoindre le mouvement. Personnellement, je suis convaincue que nous allons dans la bonne direction !

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